Bulletin N° 50

Autres Bulletins de Liaison

 

1971-2021 : Cinquante ans !

L’ADETEC a cette année 50 ans. L’âge de la maturité, l’âge de la sagesse (en principe !), l’âge médian où l’on peut raisonnablement et sereinement examiner son passé et envisager l’avenir.

C’est, en effet, en 1971 que Daniel Guilmet, alors jeune professeur agrégé et chef du tout nouveau service de Chirurgie Cardio-vasculaire de l’hôpital Foch depuis trois ans, va créer avec un de ses assistants chirurgiens (Iradj Gandjbakhch), un chirurgien Lyonnais (Alain Sisteron), un cardiologue (Claude Renner) et un administrateur de ses amis (Charles Venturini) « l’Association pour le Développement et l’Amélioration des Techniques de Diagnostic et de Traitement des Maladies Cardio-vasculaires », titre rapidement abrégé en ADETEC.
Le but de cette création, est au départ quelque peu égoïste. Il s’agit en effet de trouver des fonds pour permettre de financer l’acquisition de certains matériels relativement onéreux que l’hôpital refuse de mettre à son budget, ou de financer quelques modestes recherches dans le petit laboratoire de chirurgie expérimentale du service et, ainsi, de mettre un terme ou, en tout cas, de réduire, l’aide demandée pour ce faire, à l’industrie biomédicale, aide qui, on s’en doute, n’était pas toujours dénuée d’arrières pensées.

Mais une idée à la base de cette création est originale pour l’époque et va se montrer efficace et fructueuse : celle d’y associer les opérés du service et leurs proches en leur décrivant l’association, ses buts, ses principes, et en leur proposant d’y adhérer ou de faire un don.

D’emblée ce fut un succès. D’abord limité aux patients de l’hôpital Foch ce recrutement s’est progressivement élargi auprès de certains de nos correspondants cardiologues et de nos collègues chirurgiens, dans plusieurs centres de la région parisienne et de province.

Vous connaissez la suite puisque, cinquante ans plus tard, vous tous, chers adhérents et donateurs, permettez, par votre généreuse action, que l’ADETEC soit toujours présente et active.  Je n’insiste pas !

Fort de ce succès et de la longévité de l’expérience, le Conseil d’Administration avait donc formé le projet de fêter ce 50ème anniversaire par une grande et belle réception dans un lieu prestigieux, où tous seraient invités et où nous pourrions, ensemble, nous retrouver, nous mieux connaitre, nous raconter, bref ! Célébrer notre action et nous manifester notre mutuelle amitié.
Hélas, le Covid-19 en a décidé autrement et ce projet, même s’il n’est pas enterré pour le futur, a dû se voir reporté pour l’instant.

A la lumière de ce genre de contrariété, vous pouvez, à bon droit vous demander ce qu’il en est du fonctionnement et de l’activité actuels de l’ADETEC.

J’avais en effet dans le dernier bulletin (N°49) de novembre dernier émis la crainte que la continuité de la pandémie, avec comme conséquences la surcharge des hôpitaux, la réduction drastique des interventions non urgentes et donc la diminution d’éventuels nouveaux adhérents et donateurs, n’aient pour résultat une délétère réduction de nos moyens d’action.

Heureusement, il apparaît que ce n’est pas le cas. Certes le nombre de nouveaux adhérents a diminué de près de 50% par rapport aux années précédentes mais l’ensemble des cotisations est resté parfaitement stable, ce qui souligne la fidélité des anciens adhérents, tandis que plusieurs legs ont pu être reçus, le tout permettant aux finances de rester satisfaisantes et à l’association de se bien porter.
Et donc, ce qui nous a permis d’attribuer 8 bourses d’études à de jeunes doctorants et de financer deux projets plus importants destinés au Service de Chirurgie Thoracique de l’Hôpital Foch, d’une part, et au laboratoire de recherche expérimentale IMM-R, d’autre part.

Ainsi, malgré les circonstances médicales et surtout sociales et économiques, comme je l’écrivais dans un « mot du Président » il y a quelques années, « notre association continue son action et reste présente dans le financement de travaux scientifiques au sein du domaine cardio-vasculaire et thoracique. Son action est loin d’être négligeable.
Il faut en remercier tous ceux et celles qui contribuent à son financement et ceux qui en assurent le fonctionnement ».

Que tous, même si ceci peut paraître redondant, me permettent de leur faire part de ma chaleureuse et fidèle reconnaissance.

Docteur Jean BACHET
Président de l’ADETEC

 

Validation sur un modèle ovin de l’IRM 4D Flow
 

Par le docteur Nicolas BORENSTEIN

Ce projet, subventionné par l’ADETEC en 2021, est intéressant car il pourrait en effet   déboucher sur l’amélioration de l’analyse des anomalies pathologiques acquises du muscle cardiaque et de leur éventuelle réparation, ainsi que d’une meilleure appréciation comparative du fonctionnement des prothèses valvulaires et autres implants thérapeutiques.
Jean BACHET - Président

 

Docteur Nicolas Borenstein           L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est une modalité d’imagerie médicale radiologique non-invasive et non-irradiante reposant sur l’excitation des noyaux d’hydrogène (protons) de l’organisme par impulsions de radiofréquence.
Depuis une quinzaine d’années, cette technique a connu des progrès majeurs dans le domaine cardiovasculaire suite au développement de nouvelles séquences ainsi que d’outils de post-traitement et d’intelligence artificielle toujours plus performants.
L’IRM cardiaque est devenue un outil diagnostique et thérapeutique incontournable au service des patients atteints d’affections cardiovasculaires congénitales ou acquises.
L’IRM de flux 4D a fait son apparition dans le monde de l’imagerie cardiovasculaire et consiste en une séquence d'IRM volumique avec un large champ d'acquisition. Cette séquence apporte, pour la première fois en imagerie cardiovasculaire, des informations qualitatives et quantitatives sur le flux sanguin dans les trois dimensions de l'espace au cours du cycle cardiaque et ce, sans recourir à l’injection systématique de produit de contraste.
L’information obtenue permet ainsi d’éclairer le radiologue, le cardiologue et le chirurgien sur la nature des flux, laminaires ou turbulents, sur l’orientation des vecteurs et leur intensité.
Cette approche permet non seulement d’apporter des informations capitales sur l’état hémodynamique mais sur ses anomalies et les manières d’y remédier. C’est dans ce contexte que des instituts de recherche bénéficieraient grandement de cette technologie pour évaluer différentes stratégies thérapeutiques et différents dispositifs médicaux, les comparer entre eux et évaluer lesquels ont le meilleur profil.
Potentiellement, toutes les valves prothétiques encore en développement ou même du marché pourraient être comparées entre elles.

Les enjeux principaux de cette étude et son intérêt pour les patients sont :
1-de permettre d’évaluer le bénéfice diagnostique apporté par l’IRM 4D flow (et ce de manière non invasive) dans la compréhension des flux intracardiaques, dans leur quantification, en particulier pour la régurgitation mitrale et de comparer ces résultats à ceux obtenus par l’état de l’art, l’échocardiographie transoesophagienne.
2-d’évaluer par une approche jamais encore proposée jusqu’à ce jour en recherche la fonction valvulaire chez l’animal d’expérimentation et donc potentiellement les prothèses valvulaires cardiaques innovantes, la qualité de leurs caractéristiques hémodynamiques, l’amélioration entre chaque itération.

 

 

 

IRM 4D Flow d’une fuite mitrale sévère associée à une dilatation de l’oreillette gauche.
Les lignes de flux régurgitant dessinent un flux circulaire (vortex) dans l’oreillette gauche. (Image, Dr. JF. Paul, IMM)

 

 

 

 

Echocardiographie transoesophagienne d’une fuite mitrale sévère associée à une dilatation de l’oreillette gauche. (Image, Dr. N. Borenstein, IMMR)

 

 

 

L’IRM 4D flow montre un flux circulaire turbulent anormal (vortex) chez un patient avec
une aorte ascendante très dilatée. (Image, Dr JF Paul, IMM)

 

 

 

 

Docteur Nicolas BORENSTEIN

Dépistage de la maladie coronaire sur les greffons cardiaques à caractères élargis durant la perfusion ex-vivo 
 Par le Docteur Ali Akamkam,  boursier de l’ADETEC

Période du projet : Novembre 2021 – Octobre 2022
Unité d’accueil : Unité de Recherche Préclinique, Hôpital Marie Lannelongue, Université Paris Saclay,

1. Introduction, contexte scientifique

L’activité de transplantation cardiaque tend à diminuer significativement en France depuis 2017 avec une diminution de 5% du nombre de transplantations par an alors que le nombre de patients inscrits sur liste d’attente reste stable.
Les critères de sélection du greffon ont été repoussés depuis deux décennies, notamment l’âge moyen du donneur qui dépasse actuellement les 50 ans en France. Ces donneurs sont davantage exposés au risque de lésions coronaires athéroscléreuses qui doivent donc être dépistées afin de prévenir leur transmission au receveur.
La coronarographie n’est en pratique réalisée que dans un tiers des cas lorsque les caractéristiques du donneur la justifient. Certains greffons potentiellement indemnes de lésions coronaires sont ainsi refusés par les équipes de transplantation, considérant le donneur à haut risque de lésions coronaires.
Or il a été récemment démontré que la réalisation de la coronarographie augmenterait de 9% les chances d’acceptation du greffon.
Une meilleure évaluation anatomique et fonctionnelle des greffons s’impose, de même qu’une optimisation de leur préservation.

La technologie Organ Care System (OCS, TransMedics, Andover, USA) est une méthode innovante de préservation par perfusion isolée ex vivo permettant une évaluation continue du greffon cardiaque avant sa transplantation. Les objectifs de cette méthode alternative à la préservation hypothermique statique sont triples :
1) Prolonger la durée de préservation du greffon cardiaque jusqu’à sa transplantation.
2) Évaluer la viabilité métabolique du greffon avant la transplantation.
3) Ressusciter un greffon cardiaque prélevé après arrêt circulatoire contrôlé (Maastricht).

2. Projet de recherche pendant la période de financement demandée :

a. Objectifs

Notre expérience préliminaire à propos d’un cas de coronarographie sur OCS nous a permis d’observer que les incidences d’acquisition sont inhabituelles en raison de la position non anatomique du greffon sur l’OCS. Ensuite, l’administration d’un agent de contraste iodé dans le circuit de perfusion interroge sur sa bio-distribution et ses conséquences sur la préservation de l’organe.

A et B : Installation de la machine de perfusion O.C.S. en salle de coronarographie. Afin de faciliter les rotations de l'arceau autour de l'O.C.S, celle-ci devait être surélevée.

 

C : après introduction du cathéter d'angiocoronarographie dans la ligne artérielle du circuit, celui-ci est ensuite positionné dans la racine aortique pour un cathétérisme sélectif des ostia coronaires. L'artère interventriculaire antérieure (LAD) et l'artère circonflexe (Cx) étaient indemnes de sténose proximale.

D : De même l'artère coronaire droite (RCA) ne présentait pas de lésion significative sur l'ensemble de ces segments.

 

Enfin la toxicité des radiations ionisantes sur un cœur perfusé isolé ex vivo reste à apprécier.

Les objectifs de notre étude sont les suivants :
1) Valider un protocole de coronarographie sur machine de perfusion cardiaque ex vivo.
2) Étudier la toxicité des rayonnements ionisant sur le cœur perfusé ex vivo.
3) Étudier la bio-distribution du produit de contraste iodé et son impact sur la qualité de perfusion ex vivo et la viabilité myocardique.
4) Étudier la faisabilité d’approches non invasives alternatives à la coronarographie sur le cœur perfusé ex vivo : coroscanner et micro-vasculoscope

b. Importance, originalité, innovation

Importance.
La coronarographie augmente les chances d’acceptation des greffons à critères élargis mais son accès reste limité. La coronarographie sur machine de perfusion permettrait donc d’augmenter le nombre de greffons à critères élargis éligibles pour la transplantation cardiaque.

Originalité.
Il est indispensable de définir un protocole de coronarographie sur cœur perfusé ex vivo.
Aucune investigation de la radio toxicité et de la toxicité de l’agent de contraste iodé n’a à ce jour été rapportée. Seuls quelques cas cliniques ont rapporté la faisabilité de la coronarographie sur l’OCS.

Innovation.
Le modèle porcin de par son anatomie et sa physiologie coronaires proches de l’homme permettra une translation rapide à la pratique clinique. Aucune étude préclinique n’a rapporté la sensibilité et la toxicité de la coronarographie ex vivo. L’application de la métabolomique et des techniques de radiobiologie n’ont par ailleurs jamais été étudiées dans cette indication.

c. Méthodes et procédures expérimentales

Protocole expérimental. Dix-huit cœurs de porc seront placés sur machine de perfusion ex vivo et seront répartis de façon aléatoire selon 3 groupes de façon à étudier les effets respectifs des rayonnements ionisants et de l’injection de produit de contraste iodé sur le cœur perfusé isolé :
- Groupe A : réalisation d’une coronographie avec injection de l’agent de contraste iodé sur cœur perfusé isolé 120 minutes après le début de la perfusion ex vivo
- Groupe B : exposition du cœur perfusé isolé aux rayonnements ionisants (dose nécessaire pour une coronarographie) 120 minutes après le début de la perfusion ex vivo, sans injection d’agent de contraste iodé
- Groupe C : injection d’agent de contraste iodé sur cœur perfusé isolé (dose nécessaire pour une coronarographie) 120 minutes après le début de la perfusion ex vivo, sans exposition aux rayonnements ionisants
Ce protocole expérimental a reçu une autorisation règlementaire pour l’utilisation des animaux à des fins scientifiques.

Modèle animal.
Après héparinisation générale, 1300 ml de sang seront recueillis sur l’animal puis placés sur le module de perfusion ex-vivo. Après son prélèvement, le cœur sera instrumenté avec une canule dans la lumière aortique et une canule dans le tronc de l’artère pulmonaire avant raccordement sur le module OCS.

Machine de perfusion cœur ex vivo.
Les cœurs seront perfusés pendant 4 heures selon un mode Langendorff. Le débit de perfusion coronaire sera maintenu entre 750 et 850 ml/min avec une pression de perfusion aortique moyenne entre 75 et 85 mmHg.

Prélèvements biologiques.
Des prélèvements plasmatiques sur le circuit de perfusion seront effectués à 0, 60, 120, 180 et 240 minutes pour dosage des marqueurs d’inflammation, de souffrance myocardique, des métabolites et des marqueurs circulants d’exposition tissulaire aux rayonnements faiblement ionisants (exosomes, microparticules). De même, des biopsies myocardiques seront réalisées pour analyse histologique, métabolomique et radio biologique. Après 120 minutes, une étude pharmacocinétique l’agent de contraste iodé sur le perfusât sera réalisée toutes les 30 minutes jusqu’au terme des 4 heures de perfusion.

Coronarographie.
Après 120 minutes de perfusion ex vivo, un cathéter Amplatz de 5 French sera utilisé en première intention pour cathéteriser sélectivement les artères coronaires.

Métabolomique.
Des prélèvements plasmatiques et des biopsies myocardiques seront répétés toutes les
60 minutes pendant la durée de perfusion ex vivo afin de permettre une analyse cinétique du métabolisme myocardique et ses corrélations avec les métabolites circulants dans le plasma. L’ensemble des prélèvements biologiques seront immédiatement préservés en congélation à -80°C dans l’azote liquide, puis seront acheminés au LEMM.

Radiobiologie.
Les doses cumulées de rayonnements ionisants au cours de la procédure de coronarographie seront quantifiées. La recherche d’exosomes et microparticules après irradiation sera effectuée à l’IRSN.

d. Résultats attendus

Nous rapporterons un protocole d’acquisition coronarographique sur machine de perfusion cœur ex vivo avec les incidences d’intérêt. Nous définirons les doses d’agent de contraste et de rayonnement faiblement ionisants. Enfin nous rapporterons le profil métabolomique du cœur perfusé ex vivo en mettant en évidence les métabolites d’intérêt et leur variation au cours du temps en réponse aux radiations ionisantes.

3. Équipements et installations disponibles

- Console d’ECMO (Xenios) pour perfusion cœur ex vivo sur module OCS
- Salle de radiologie interventionnelle Discovery (General Electric Healthcare)
- Plateforme d’expertise en imagerie coronaire invasive et non invasive
- Plateforme d’expertise en analyse radiobologique
- Plateforme d’expertise en analyse métabolomique

Docteur Ali AKAMKAM

La vie de l'Adetec en 2020

Chers Amis de l’ADETEC,
Un grand merci à vous qui, eu égard aux circonstances sanitaires qui affectent notre planète, avez dû à nouveau participer « virtuellement » à notre Assemblée Générale annuelle.

Plusieurs résolutions étaient soumises à votre accord que vous avez largement approuvées.

En tout premier lieu, le renouvellement du Conseil d’Administration dont les mandats de trois de ses membres étaient venus à échéance et qui acceptent de représenter leur candidature à vos scrutins.

Il s’agit des mandats :
Du docteur Emmanuel LANSAC
De M. Georges MALGOIRE
De M. Daniel GREVOUL

Par ailleurs votre Conseil a le plaisir d’accueillir en son sein le docteur Nicolas BORENSTEIN, directeur scientifique de l’IMM-RECHERCHE.

Le second thème soumis à votre approbation concerne l’approbation des comptes de l’année 2020 dont les détails vous ont été fournis dans la convocation à cette Assemblée Générale ; le résultat net bénéficiaire s’élève en 2020 à 292 532 €.

Soulignons toutefois les principaux chiffres significatifs suivants :

 

Les legs liquidés en 2020 ont atteint le chiffre de 360.467 €. Nous avons une pensée reconnaissante à l’égard de nos généreux donateurs.
A fin 2020, la situation nette s’élève à 946.706 € ; 10 % des résultats nets ont été virés à la réserve statutaire, soit 29.253 €.
Nous avons versé à 11 jeunes médecins des bourses afin de leur permettre d’effectuer une année de recherche dans des laboratoires de grande notoriété et avons maintenu à l’association du syndrome de Marfan notre aide récurrente, tout en augmentant celle de la maison de Parents compte tenu des efforts faits par elle au profit des soignants de l’hôpital Foch qui se sont consacrés au Covid.